
Ancr’âge crée des jardins-forêts pour tisser du lien intergénérationnel
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Le Castagnaccio
17 décembre 2025Une forêt en accéléré : la méthode Miyawaki révélée
Une forêt en accéléré : la méthode Miyawaki révélée
Imaginez une forêt qui pousse dix fois plus vite que la normale, capture davantage de CO₂, et abrite une biodiversité riche en plein cœur des villes. C’est la promesse de la méthode Miyawaki, du nom du botaniste japonais Akira Miyawaki qui l’a créée.

© AdobeStock/dmf87
Senzai shizen shokysei, soit la « végétation potentielle naturelle », est une méthode de reforestation élaborée et mise en pratique, à partir des années 1970, par Akira Miyawaki (1928–2021), botaniste japonais, expert en biologie végétale et professeur à l’université nationale de Yokohama.
Cette technique consiste à planter des arbres et des arbustes indigènes de manière très dense (jusqu’à 7 arbres par mètre carré) sur des sols préparés et enrichis. Le résultat ? Une forêt mature en seulement 20 à 30 ans, contre un siècle ou plus en conditions naturelles.
Avant d’aller plus loin, l’article présentant l’association Ancr’âge, co-dirigée par Myriam Bertolotti et Emma Veyrunes, pourrait vous intéresser. Ancr’âge souhaite créer un lien intergénérationnel et de solidarité entre actifs et retraités, tout en promouvant des projets écoresponsables et des jardins-forêts comestibles.
Les atouts de la méthode Miyawaki en milieu urbain en trois points :
1. Un poumon vert ultra-efficace
- Capture de CO₂ : Jusqu’à 30 fois plus qu’une forêt classique, grâce à la densité et la rapidité de croissance.
- Filtre à particules : Les feuilles retiennent les polluants atmosphériques (NOx, ozone, poussières fines).
- Îlot de fraîcheur : Une réduction de 5 à 10° C en été, idéale pour lutter contre les canicules urbaines.
2. Un refuge pour la biodiversité
- Oiseaux, insectes, petits mammifères : la diversité des strates (herbacées, arbustives, arborées) attire une faune variée.
- Corridors écologiques : en reliant plusieurs micro-forêts, on facilite les déplacements des espèces.
3. Un outil social et pédagogique
- Implication citoyenne : les projets Miyawaki sont souvent portés par des habitants, des écoles ou des associations.
- Sensibilisation : un support concret pour aborder l’écologie, la botanique ou le climat avec le grand public.
Les défis de sa mise en œuvre en ville
1. L’espace : un luxe en milieu urbain
La première difficulté rencontrée dans la mise en place d’une micro-forêt Miyawaki en ville est la disponibilité de l’espace. En effet, il faut compter au minimum 100 m² pour créer une forêt viable, ce qui représente environ 300 arbres plantés à haute densité. Dans les zones urbaines, où l’espace est souvent limité et très sollicité, trouver une telle superficie peut s’avérer compliqué.
De plus, les sols urbains sont fréquemment dégradés ou artificialisés, ce qui nécessite une préparation coûteuse et technique : décapage, drainage et amendement du sol sont souvent indispensables pour assurer la réussite du projet.
2. L’eau : une ressource à maîtriser
L’arrosage des plants est crucial durant les 2 à 3 premières années, surtout en période sèche, pour assurer leur reprise et leur croissance. Cette étape demande une gestion rigoureuse de l’eau, ce qui peut être un défi en milieu urbain où les ressources en eau sont parfois limitées. Après la plantation, un paillage épais et un suivi régulier sont indispensables pour limiter l’évaporation et maintenir l’humidité du sol.
3. Le choix des espèces : un équilibre à trouver
Le succès d’une micro-forêt Miyawaki repose sur le choix des espèces plantées. Il est essentiel de privilégier des plantes indigènes, bien adaptées au climat local et résistantes aux maladies. Ces espèces locales favorisent la biodiversité et l’équilibre écologique. En revanche, il faut éviter les espèces invasives, qui peuvent étouffer l’écosystème ou perturber la faune locale. Ce choix demande une expertise botanique et une bonne connaissance du territoire.
4. Le coût et la main-d’œuvre
Le coût initial d’un projet Miyawaki peut varier entre 10 et 30 € par mètre carré, hors main-d’œuvre, selon la préparation du sol et les plants choisis. Ce budget peut être conséquent, notamment pour les grandes surfaces. Par ailleurs, la plantation nécessite une organisation rigoureuse et souvent l’encadrement par des experts, ce qui peut impliquer des coûts supplémentaires. La mobilisation de bénévoles peut réduire ces coûts, mais demande une coordination efficace et un suivi régulier.
Associer des arbres fruitiers : une idée gourmande et écologique
Intégrer des arbres fruitiers dans une forêt Miyawaki est une idée séduisante qui allie production locale et biodiversité. Cette association permet de récolter des fruits pour les humains tout en offrant une source de nourriture à la faune urbaine, notamment aux oiseaux et aux insectes pollinisateurs. Elle constitue également un levier pédagogique efficace pour sensibiliser les citadins à l’écologie et à la nature en ville, en les impliquant dans des activités ludiques comme la récolte ou des ateliers de transformation des fruits.
Cependant, cette intégration doit être réfléchie pour ne pas perturber l’équilibre écologique de la micro-forêt. Il est recommandé de choisir des variétés rustiques et peu exigeantes, telles que les prunelliers, sorbiers, argousiers ou cerisiers sauvages, qui s’adaptent bien aux conditions urbaines. La proportion de fruitiers doit être limitée à 10-20 % des plants pour ne pas déséquilibrer l’écosystème et préserver la diversité des espèces locales. Enfin, certains arbres fruitiers nécessitent un entretien spécifique, comme la taille, qu’il faut prévoir dans la gestion du projet.
Ainsi, associer des arbres fruitiers à une forêt Miyawaki est une démarche gourmande et écologique, qui enrichit la biodiversité urbaine et renforce le lien entre les citadins et leur environnement naturel.
La méthode Miyawaki est une opportunité unique pour reverdir les villes, impliquer les citoyens et lutter contre le changement climatique. Si les contraintes (espace, eau, coût) sont réelles, les bénéfices écologiques et sociaux sont immenses. En associant des arbres fruitiers, on ajoute une dimension gourmande et pédagogique, tout en renforçant la résilience de l’écosystème.
Pour aller plus loin
- La méthode Miyawaki en une page, par Boomforest
- Une analyse du Musée national d’histoire naturelle
- Une compilation de données chiffrées, par Urban Forests
- La méthode Miyawaki, expliquée par Semeurs de forêts
